DE L’IMPRESSION DE NE PAS ÊTRE À SA PLACE

Aujourd’hui je te retrouve avec un titre ultra joyeux, comme tu peux le voir. J’avais envie de partager quelque chose avec toi, un petit bout de ma vie, parce que je me suis dit que je n’étais probablement pas la seule dans cette situation. Et au grand désespoir les grandes solutions, comme on pourrait dire.

Si tu as fait un petit tour sur le blog et que tu as été chercher qui j’étais, tu auras pu noter que je suis étudiante en architecture. Sans te faire l’historique détaillé pour remonter aux origines de cette prise de conscience, mais ça fait deux ans à peu près que j’ai commencé à sentir se sentiment (sentir un sentiment, merci Maud), notamment dans mes études, de ne pas être à ma place. Je m’explique. Je vais pas te faire un procès des études d’architecture, c’est pas le but.

Concrètement, quand je suis rentrée à l’école, j’étais joie et amour. Je pensais que j’allais faire des beaux dessins dans une liberté absolue et vivre d’amour et d’eau fraîche. Je rigole, j’exagère, mais tu vois où je veux en venir. Et finalement, tu te rends compte qu’il faut très vite que tu rentres dans le moule, alors vu que toi aussi tu veux être le futur Jean Nouvel (vomi) de la France, tu obtempères et tu te dis que OUI, toi aussi tu peux être un futur dieu créateur qui va apprendre aux gens comment vivre. Tu sens l’ego qui gonfle là ?

A côté de ça, j’ai une conscience écologique qui a émergée, avec l’aspect social qu’il englobe, faire attention à la planète, faire attention aux autres, mais surtout être humble vis à vis de la nature, et de manière générale. Et là, tu mets en parallèle avec mes études, le truc du dieu créateur et tout. Et là (trop de « et là« ), plein de questions sont venues percuter mon petit cerveau. Je me suis demandé quel était le sens de concevoir des musées, des complexes multiculturels de la mort qui tue, alors qu’à côté de ça, la plupart des gens vivent dans des appartements, maisons mal foutus, que certains n’ont même pas les moyens d’avoir un toit au dessus de le tête. Je dis pas qu’il faut pas de musées, mais concrètement, est-ce qu’on construit des musées toutes les semaines ? Non. Alors que des immeubles ça y va. Et apprendre comment concevoir un projet de logement responsable écologiquement et socialement parlant, ça par contre on l’apprend pas trop. Enfin si, tu peux, mais débrouille toi tout seul. Mais bref, soit, c’est important de savoir faire un musée avec une architecture grandiloquente pour flatter son égo. (et montrer à l’univers entier que tu domines le monde en passant).

Et puis ensuite, v’la le projet de fin d’étude, avec un tuteur qui te laisse une totale liberté (oui, y’en a quelques uns). Et là tu te dis, merde, c’est le moment ou jamais de faire un projet que j’aime, où je peux mettre mes valeurs dedans et tout et tout. J’étais en joie. Et je suis pas la seule à m’être dit ça. A vouloir faire un projet pour des gens, avec des futurs utilisateurs, à réellement se mettre au service d’une demande pour coller au mieux à ce que des gens peuvent attendre d’un lieu, d’une maison, d’une place, d’un bâtiment etc, parce que ça fait plus sens pour toi que de construire une tour. Je sais pas moi, pour rendre heureux des gens avec mes maigres petites compétences. Et puis tu te mets à entendre des choses du style « c’est pas de l’architecture« , ou encore « oui bon, écouter les gens, faire du social ça va bien 5 minutes« .

A côté de ça, tu regardes le monde autour de toi, tu vois le racisme, le sexisme, et toutes les autres formes d’intolérance qui apparaissent de manière répétées, décomplexées dans la rue, dans les médias, partout. Loi travail, les ratés écologiques, nombres de votant pour les partis racistes qui augmentent. Quand tu dis à quelqu’un que tu vois une naturopathe, que tu essaies de manger bio, d’utiliser des cosmétiques bio, on te regarde comme si mangeais de l’herbe à 4 pattes dans un champ. Quand tu dis que tu penses qu’on devrait chercher à être heureux dans la vie, que notre travail, nos études ne devraient pas nous bouffer, on te répond qu’il serait temps que tu comprennes que la vie c’est dur, et que si tu souffres pas c’est que tu fais pas d’efforts, et que, de fait tu mérites pas.

Et à ce moment là, je crois que l’expression anglophone « DO NOT FIT » est plutôt appropriée. Et là deux choix s’offrent à toi : assumer la différence et tes convictions, et te dire qu’un jour ça payera, ou alors abandonner et se ranger. Ou alors se jeter par la fenêtre (non, j’déconne). Et ça devient une force. Et tu te rends compte que même si tu es minoritaire, et qu’on est minoritaire, ça n’est pas ça qui te fera taire. Parce qu’avoir des convictions, un libre arbitre qui te permet de remettre en questions les choses, c’est ce qui peut te permettre de trouver des solutions là où les autres ont le nez collé à leur habitudes, à leur dogmes, à leur grandes vérités toutes faites, et qui peut être, fera de demain un monde meilleur. Être différent, c’est pas être anormal, ça fait pas de toi un crétin fini, ça fait juste de toi quelqu’un d’indépendant, riche, intelligent. Et surtout, croire en ses convictions, c’est faire la paix avec soi même, et j’ai envie de dire, qu’on serait vachement plus heureux.